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Albert Londres : Porter la plume dans la plaie !

« Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres 1/11/1884)

Publié il y a  2,108 Vues Actualisé il y a 1 mois

Figure incontournable du grand reportage écrit du 20e siècle, défendant souvent des causes de justice sociale, Albert Londres a sillonné le monde pour les grands journaux et marqué plusieurs générations de journalistes contemporains. Entre reportages de guerre, récits de voyages et analyses politiques, ses articles connaissent un grand succès. Le journaliste buttait souvent sur les impératifs de la censure et de la propagande officielle et était catalogué comme journaliste "complotiste". Un "Prix Albert Londres", créé en 1933, récompense chaque année le meilleur grand reporter de presse écrite.

Albert Londres est né à Vichy en 1884. Après ses études secondaires, il rêve d’être poète, mais commence à travailler comme commis aux écritures dans le service comptable d’une compagnie minière. Après deux longues années, il décide de vivre son rêve et atterrit à Paris pour vivre de sa plume. Albert devient le correspondant parisien du journal Lyonnais « Le salut public ».

En 1906, il travailla comme échotier parlementaire pour le Journal « Le matin » jusqu’à ce jour de septembre 1914, où il gagna à vélo le centre de Reims pour être témoin du bombardement et de l’incendie de la cathédrale. Il la regarda brûler toute la nuit. Son article fit la une du journal « Le Matin ». Cet article le rendit célèbre et fut pour lui comme une révélation. [L’éditeur a pris la liberté d’inclure cet article dans ce recueil, vu l’importance de celui-ci dans la vie d’Albert Londres]. Il devient grâce à cet article le premier correspondant de guerre français. En 1915, il quitte le journal « Le matin » pour « Le petit journal ». Il passe le reste de la guerre au plus près du front. Une valeur importante pour Albert Londres est la liberté. Surtout la liberté de ton. Il ne supporte pas la censure. Il eut de gros soucis avec les autorités qui ne voyaient pas d’un bon œil ce journaliste insolent et insubordonné. Après la guerre, il parcourut le monde pour son journal ou pour des magazines.

Une année clés dans la vie d’Albert Londres est 1923 et le reportage sur le bagne de Cayenne. Il changea la vision de l’opinion publique sur le bagne et la Guyane par sa verve et son témoignage de la réalité. Beaucoup pensent qu’il fut l’élément déclencheur de la fermeture du bagne, en 1938. En 1932, son 53e périple doit le conduire en Chine. Depuis l’agression japonaise de 1931, la Chine est en guerre. Le pays est en proie au chaos. Et ce qu’il découvre à Hong Kong et à Shanghai est terrifiant : trafic d’armes et d’opium, viols, tyrans locaux, pillages, exactions en tous genres perpétrés par les communistes chinois… Lorsqu’il s’embarque sur le « Georges Philippar » pour revenir en France, début mai 1932, il possède la matière d’une série d’articles exceptionnelle.

Le 16 mai 1932, le « Georges Philippar » est détruit par un incendie alors qu’il s’apprêtait à entrer en mer Rouge. Le journaliste avait en main un reportage dans lequel il allait dévoiler un grand scandale. On ne peut s'empêcher de se demander si sa mort est vraiment le fruit d'un accident ou s'il ne s'agit pas plutôt d'un assassinat maquillé. Albert fait partie de la quarantaine de personnes tuées dans le sinistre.

 

La Censure est omniprésente !

Depuis le début de la guerre de 1914-1918, Albert Londres se bat contre la censure. Le travail des correspondants de guerre est réglementé de façon tatillonne. Le reporter s’insurge et ruse autant qu’il le peut. Parfois la censure interdit en totalité certains de ses reportages. C’est dans cet état d’esprit, rebelle et acharné à dire la vérité, que Londres couvrira jusqu’à la fin de 1918 la plupart des fronts de la Grande Guerre : France, Belgique, Italie, Allemagne bientôt occupée, etc.

Tous les reportages d’Albert Londres concernant la guerre portent la trace de sa révolte « contre le bourrage de crâne », c’est-à-dire la propagande, la censure et les mensonges sur la véritable situation au front. Il est traité de « complotiste » et se retrouve en tête d’une liste noire établie par l’état-major comme « mauvaise tête » ! Le haut commandement déposera même une plainte contre lui pour « insolence » et « insubordination » auprès de la direction du Petit Journal, qui soutiendra néanmoins le grand reporter.

 

Chez les fous (1925)

« Je ne suis pas fou ! Du moins pas visiblement, mais j’ai désiré voir la vie des fous. Et l’administration française ne fut pas contente. Elle me dit : Loi de 38, secret professionnel, vous ne verrez pas la vie des fous. » Publié en 1925, cet article est d’un style d’une modernité incroyable. Rapide, efficace, imagé, il brosse des scènes qui prennent à la gorge, coupent le souffle ! Pathétiques et horrifiques. Aucun temps mort ! Le ton est donné ! Et voilà comment débute l’aventure de ce reportage, dont rien ne nous est caché, avec une drôlerie féroce et une tendresse humoristique.

Ce texte dénonce crûment ce qui dérangeait. Il subit les foudres de la censure, car cette série de portraits et d’interviews scandalisèrent le petit monde des psychiatres et des aliénistes. La rédaction du Petit – Parisien passablement effrayé hésita à publier certains articles qui finalement parurent en mai 1925. Devant le tollé provoqué et les menaces de procès, Albert Londres dut adoucir certains passages… Il venait d’achever un grand reportage sur le Tours de France cycliste : « Tour de France, Tour de souffrances ». Après avoir dénoncé les bagnes, il s’intéresse à cette autre sorte d’enfermement. Celui des malades mentaux.

Je ne suis pas fou, du moins visiblement, mais j’ai désiré voir la vie des fous. Et l’administration française ne fut pas contente. Elle me dit : « Loi de 38, secret professionnel, vous ne verrez pas la vie des fous. » Je suis allé trouver des ministres, les ministres n’ont pas voulu m’aider. Cependant, l’un d’eux eut une idée : « Je ferai quelque chose pour vous, si vous faites quelque chose pour moi : soumettez vos articles à la censure ».

 

Terre d'ébène (1929)

En 1927, Albert Londres s’embarque pour le continent africain. Pendant 4 mois, il sillonne les colonies françaises en Afrique. Révolté par la condition des Noirs qu’il appelle « le moteur à bananes », Londres part en guerre contre l’injustice. Cynique et implacable, il observe et dénonce avec verve : « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Contre ceux qui font « de la civilisation à tâtons », il décrit les petits scandales de cette vaste terre, les mesquineries quotidiennes des colons, la « marchandise de traite », c’est-à-dire les objets désuets et inutilisables que la France vend aux Africains, l’apartheid qui ne porte pas encore son nom. Il se moque : « Finis les enthousiasmes du début, la colonisation romantique, les risques recherchés, la case dans la brousse, la conquête de l’âme nègre, la petite mousso ! On s’embarque maintenant avec sa femme, ses enfants et sa belle-mère. C’est la colonie en bigoudis ! ». Pourtant, le ton se fait plus grave lorsqu’il se penche sur le cas des métis, rejetés de tous côtés, et polémique, lorsqu’il interpelle directement les hommes politiques aveugles. Il promet ainsi à « Monsieur le ministre des Colonies » des photographies qu’il ne trouvera pas dans les films de propagande. Albert Londres ne cache pas son dégoût devant l’exploitation monstrueuse des Africains : « L’esclavage, en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles d’Europe. L’esclave ne s’achète plus, il se reproduit. C’est la couveuse à domicile ! »

La description de la condition des coupeurs de bois est peut-être une révélation des plus terrifiantes. Albert Londres y raconte avec justesse le massacre des hommes autant que celui des arbres. « Au siècle de l’automobile, un continent se dépeuple parce qu’il en coûte moins cher de se servir d’hommes que de machines ! Ce n’est plus de l’économie, c’est de la stupidité ». À sa sortie, Terre d’ébène fait bien sûr scandale. Mais malgré les menaces, les injures, les assignations à procès, Albert Londres tiendra bon et résistera à la censure. Entre la galerie de portraits et le pittoresque journal de voyage surgit l'indignation d'un homme de cœur.

 

Un homme engagé contre l’injustice

Tout au long de sa carrière, Albert Londres va rapporter les faits, surtout ceux qui dérangent. Le talent d’écriture d’Albert Londres et sa réputation ont plusieurs fois poussé les autorités à réagir, voire à réformer. Pour autant, il n’est pas un militant politique. “Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie.” Autrement dit, dénoncer les travers de la société, même si cela doit choquer. Un idéal toujours d’actualité aujourd’hui pour de nombreux journalistes.

Depuis plus d'un demi-siècle, le nom d'Albert Londres est synonyme de mythe. Ce journaliste hors pair a su donner ses lettres de noblesse à une profession. La création en 1937 du statut des journalistes avait pour but d’éviter les conflits d’intérêt. Malheureusement, elle a surtout eu pour résultat de faire des journalistes une caste de privilégiés déconnectés du monde réel et courtisés par le pouvoir. La pratique du off, qui consiste pour des journalistes à accepter que leur soient révélées des informations sous la condition qu’elles ne soient pas diffusées au grand public, en est l’illustration la plus flagrante. Comment un journaliste digne de ce nom peut-il accepter cela ? Dans ce système pervers de compénétration au pouvoir, le souci n’est plus d’aller chercher les informations mais de sélectionner celles qu’ils peuvent diffuser, on est passé de la lutte contre la censure à l’autocensure. Ne pleurez plus la presse écrite, à quelques exceptions près, elle est déjà morte, elle est devenue une machine à adapter des dépêches.

 

Les textes de cet article sont tirés d’un livre dédié à Albert Londres

 

 


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