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Evolution du capitalisme, situation de la France et défi pour la classe ouvrière Par Dr Badia Benjelloun

La création de l’OMC en 1994 est une extension de l’effacement des frontières pour les capitaux et les marchandises pour les 123 États signataires, c’est le triomphe absolu des multinationales qui ont besoin d’un monde sans entraves douanières ou réglementaires pour leur activité.

Publié il y a  3,512 Vues Actualisé il y a 5 mois

Partie I : Les transformations du capitalisme en quarante ans.

Depuis quarante ans, en raison des avancées du ‘libéralisme dérégulé’, la classe ouvrière du monde occidental est sur la défensive, elle a perdu quasiment toutes les batailles pour la conservation de l’emploi et contre la fermeture des unités de production, le plus souvent délocalisées dans des pays où le ‘coût du travail’ est avantageux pour les capitalistes et où des régimes autoritaires peuvent empêcher et réprimer des revendications portant sur les conditions de travail, la sécurité et les salaires quand elles parviennent à être exprimées.

Le capitalisme est destructeur, il raffole du militarisme

La crise du capitalisme des années soixante-dix, liée à celle des Usa, pilote de l’économie mondiale par le crédit peu onéreux, la planche à billets et les déficits publics, a été marquée par une crise monétaire en 1970-1971 puis une récession nette en 1974.

Le budget de la « défense » a représenté 45 % à 50 % du Budget fédéral, passant de 53,2 milliards de dollars en 1965 à 87,2 milliards en 1970, dont 20 à 25 milliards annuels étaient absorbés par le Viet-nam. Les énormes dépenses militaires (jamais chiffrées clairement) ont créé une situation inflationniste. Il a été estimé en 1968 que la guerre a permis la création de 185 000 emplois civils et 1 472 000 emplois liés à la Défense, outre l’entretien de 760 000 hommes dans l’armée. Le plein emploi a créé une augmentation des salaires et donc une réduction des profits des entreprises qui se sont endettées et ont licencié, d’autant qu’elles subissaient la concurrence européenne et japonaise. La crise pétrolière de 1974 va aggraver sérieusement une inflation qui avait atteint 6,2% en 1973.

C’est alors qu’a commencé le déficit de la balance commerciale étasunienne, la baisse des exportations a inondé le monde de dollars dont la convertibilité en or ne pouvait plus être assurée. De plus, les capitaux américains sont allés en Europe chercher des investissements plus rentables. La détérioration de l’économie étasunienne a conduit l’équipe de Nixon à exiger des avantages commerciaux sous peine du retrait des bases américaines en Europe. La guerre froide va donc s’intensifier, la CIA recrute de plus en plus des intellectuels européens mercenaires, le socialisme réel de l’URSS et des pays satellites doit être vu comme instaurant des régimes autoritaires ‘ennemis de la Liberté’.

Au total, la guerre entreprise contre le Vietnam censée maintenir à flot l’économie par une politique keynésienne, en raison de sa durée inattendue, la résistance vietnamienne vigoureuse n’a pas failli, a affaibli l’hégémonie étasunienne.* De plus, la ‘rébellion’ des pays producteurs de pétrole menée par l’Arabie saoudite, l’Iran du shah et l’Algérie en réclamant un prix plus juste pour leurs exportations a fini par transformer l’ordre économique mondial. Peu après, la récession mondiale entraînera une surproduction des pays producteurs de pétrole.*

Par ailleurs, les pays du tiers-monde ont commencé à sombrer devant l’augmentation des taux d’intérêt pour une dette le plus souvent odieuse. Leurs économies seront désormais dirigées par le FMI.

C’est l’ouvrier qui crée le capitalisme et l’oblige à se transformer

La combativité de la classe ouvrière pendant les mouvements sociaux qui ont agité le monde occidental à la fin des années soixante et au cours des années soixante-dix a permis une augmentation appréciable des salaires. La bourgeoisie réagira de trois façons :

  • Elle va fractionner les unités de productions pour disperser les grands ensembles où se concentrent les ouvriers, interdisant la coopération massive et souvent triomphante des ouvriers sur leurs lieux de travail.
  • Elle va investir dans la machinerie (automatisation dans de nombreux processus industriels), augmentant la part du capital mort et accroissant la productivité, lequel gain va réduire le « coût du travail » et augmenter la masse des chômeurs. Enfin,
  • Elle va « délocaliser » dès les années quatre-vingt, et cette tendance pour l’Europe et particulièrement la France va d’abord concerner l’industrie du textile, du vêtement qui va s’adresser à la Turquie et le Maghreb puis de l’automobile. Plus tardivement, en 2007, alors que les différences de salaires se réduisaient, le ‘coût’ horaire du travail dans le textile est de 21,61 dollars US en France contre 2,96 $US en Turquie et 0,85 $US en Chine côtière, non incluses les charges sociales du travail. En 2008, la comparaison est très parlante sur ce graphique établi selon Werner International.

Au début  des années quatre-vingt, la faiblesse du dollar menace d’implosion le système monétaire international. La hausse des taux d’intérêt (18% en 1979) et du dollar, du déficit commercial et l’expansion de la masse monétaire (+13% entre 1982 et 1983) sont les mesures prises pour ramener vers les USA les masses de dollars déversés dans le monde. La récession pointe et les taux d’intérêt furent abaissés à 11% pour permettre aux entreprises de s’endetter à nouveau. Des mouvements de concentration des capitaux s’effectuent par des opérations de fusions et acquisition principalement dans les secteurs pétroliers et du bâtiment. Le chômage se développe alors de façon accélérée, traduction sur le plan social de la tendance au monopole, accroissement de la réserve de main-d’œuvre vouée à l’inemploi à chaque fois qu’a lieu un gain de la productivité.

La politique néolibérale étasunienne initiée sous Reagan serait opposée à la keynésienne. L’endettement des pays développés comme des pays ‘en voie de développement’ s’est multiplié par 2 ou 3 ces années-là. En réalité, ce sont les commandes militaires qui éloignent le péril de la récession de 1981-1982. Le renforcement de la puissance militaire étasunienne a été une priorité pour l’administration Reagan. L’aide au développement distribuée aux pays du tiers monde est convertie en achat d’armements.

L’effondrement de l’URSS a permis aux capitalistes européens de préférer la main-d’œuvre des anciennes républiques socialistes. Jacques Delors promet en 1985 de faire tomber les barrières commerciales en Europe et lancera un programme d’infrastructures pour rendre plus rapide et moins coûteuse la circulation en Europe. Les salaires en Slovaquie étaient dix fois plus faibles qu’en France ou en Belgique. Plus de trente ans ans plus tard, en 2006, les salaires faibles, comparables à ceux pratiqués en Inde, continuent d’être attractifs pour les capitalistes de l’Europe de l’Ouest.

La création de l’OMC en 1994 est une extension de l’effacement des frontières pour les capitaux et les marchandises pour les 123 Etats signataires, c’est le triomphe absolu des multinationales qui ont besoin d’un monde sans entraves douanières ou réglementaires pour leur activité. Le marché mondialisé est  ainsi consacré.

Seuls les travailleurs (des pays pauvres) ne jouiront pas de l’abolition des frontières. La nouvelle forme du capitalisme, impérialiste depuis ses débuts en Angleterre, sera la surexploitation de la classe ouvrière assignée à résidence dans les pays à faibles salaires, sans protection sociale et sans réglementation des risques liés au travail (locaux insalubres, très longues journées de travail sans un minimum de repos, aucune sécurité en cas de manipulation de produits dangereux, etc.).

Cette globalisation va se traduire par la désindustrialisation des pays dominants avec son cortège incessant de fermeture d’usines et d’augmentation de l’armée de réserve à savoir les chômeurs intégrés dans le système et y ayant la fonction de ne pas avoir d’emploi.

Si les délocalisations pendant longtemps ne concernaient que les secteurs à forte intensité de travail non qualifié, les multinationales délocalisent leurs ingénieurs. Le taux de l’offshoring de l’ingénierie est de 6% en France, de 35% aux Usa et au Royaume-Uni dont les front-office sont indiens de préférence. Les banques anglaises et étasuniennes externalisent depuis une vingtaine d’années leurs analystes financiers c’est-à-dire le coeur de leur activité. Cette dépendance des banques anglo-saxonnes a été mise en relief lorsqu’il a fallu passer au télétravail en Inde pendant une vague de la Covid 19, les ingénieurs indiens ne peuvent disposer chez eux des données stockées dans les ordinateurs de leurs bureaux.

Il n’est que contradictions et a contaminé toute la planète

Le capitalisme en raison de ses contradictions intrinsèques évolue de crise en crise en concentrant et centralisant les capitaux pendant qu’il accentue son expansion. Ayant inclus la totalité de la planète, l’expansion ne lui est désormais plus possible. Parce qu’il s’est généralisé et qu’il a fait disparaître les résidus des modes antérieurs qui pouvaient subsister ça et là, ce système totalitaire est devenu invisible.

Il a atteint ses limites, celui du monde, perturbant des animaux sauvages dans leur niche écologique auparavant isolée, faisant surgir des zoonoses dont on ne sait comment se débarrasser mais qui sont l’occasion d’une concentration supplémentaires des capitaux avec apparition de monopoles. Le Comirnaty de Pfizer BioNtech, quel que soit sa pertinence et son efficacité, a transformé le groupe en un vampire des ressources financières qui a fait de lui le grand bénéficiaire de la pandémie. Pfizer a obtenu l’autorisation de mise sur le marché au Royaume-Uni sur la foi d’un essai qui testait l’efficacité contre la contamination à 2 mois après la seconde injection, l’établissant à près de 90%. Si les autorités sanitaires avaient exigé cette mesure 4 à 5 mois après la deuxième dose, on aurait eu le chiffre moins flatteur de 43%. Les énormes moyens mis en place par Pfizer pour la course à la publication de la phase 3 lui a assuré une place de leader mondial.

Les épidémiologistes et les virologues avaient attiré l’attention sur la haute probabilité de la multiplication des zoonoses avec risque pandémique après les signaux du Sars Cov de 2002, du Mers Cov, d’Ebola. En vain, du moins en ce qui concerne les directions politiques des pays occidentaux qui ont mis du temps à comprendre la réalité et la gravité de la pandémie SARS CoV 2.

 

Partie II : La France et ses multinationales

Que fait la classe ouvrière depuis quarante ans en France?

Quels moyens s’est-elle donnée pour combattre sa disparition et la perte des acquis engrangés par les luttes syndicales du début du 20ème siècle et par le Parti communiste. Le PCF a créé lors de la construction du Programme du Conseil national de la Résistance une avancée sociale majeure, la création de la Sécurité Sociale. Le rapport de forces était en leur faveur, le patronat dans son ensemble était collaborationniste et nul ne pouvait ignorer à l’époque que c’est l’Union soviétique qui a mis fin au nazisme moyennant des destructions et 27 millions de morts. La SS d’Ambroise Croizat appliquait concrètement l’aphorisme du socialisme en construction ‘à chacun selon son besoin, de chacun selon ses moyens’.

Les attaques de la Sécurité Sociale vont commencer dès l’éviction des ministres communistes en mai 1947. Pour le CNPF puis le Medef, la SS met en péril l’économie du pays. Pour Ambroise Croizat qui l’avait instituée « Désormais, nous mettrons définitivement l’homme à l’abri du besoin. Nous en finirons avec l’angoisse du lendemain ». En avril 1947, la CGT qui comptait 5 millions d’adhérents est majoritaire dans les Conseils d’Administration pour les premières élections.

Ce qu’elle doit à la position impérialiste néocoloniale

Le pillage des ressources du tiers-monde a bénéficié aux pays impérialistes et à sa classe possédante mais il a aussi contribué au bien-être de sa classe ouvrière qui accédait à la consommation de produits peu onéreux. L’importance pour les économies capitalistes dominantes que les matières premières et en premier le pétrole et les ressources énergétiques comme l’uranium doivent être maintenues à la limite de la gratuité a été démontrée de façon implacable par les ‘chocs pétroliers’ de 1973 et 1979. Le baril du brut à 2,50 dollars américains, dollar très affaibli dont la valeur dans le marché des changes est très basse, engraisse les majors qui le transforment mais pas les pays producteurs qui tentent de se réapproprier les richesses de leurs sous-sol.

Le système de la FrançAfric est consolidé par la présence militaire de la France dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest. La France désigne ses valets comme chefs d’Etat et organise des coups d’Etat ou des assassinats de leaders voulant rompre avec cette relation néocoloniale. Le prix de l’uranium du Niger, ressource minière d’un volume fini et épuisable, serait bien plus important pour Areva sans la mise au pas des différents régimes africains. Le prix de l’électricité fournie à l’usager français, principalement d’origine nucléaire, s’en ressent et bénéficie donc à la classe ouvrière française.

Les avantages perdus avec la globalisation et la désindustrialisation

Le 7ème plan (1976-1980) de développement économique et social avait confirmé l’orientation ‘libérale’ de l’économie. L’Etat ne soutient plus l’industrie des biens de consommation qui fait appel à une main-d’œuvre abondante et peu qualifiée, l’industrie du textile, de la confection, de la chaussure, du petit matériel électrique et électronique. Elles subissent la concurrence des pays à faible salaire. (Livre I, Chapitre 1, page 21). Dans les pages introductives de ce plan, on rencontre la notion curieuse du ‘chômage d’incohérence’. Il aurait existé une distorsion entre une offre d’emplois non qualifiés et répétitifs dans l’industrie comme dans le tertiaire alors que du côté de la demande, les jeunes disposent d’un niveau élevé en culture générale et en connaissances techniques. La résorption de la récession ne résoudra pas ce déséquilibre (pages 2 et 3). Le système éducatif aurait créé une jeunesse plutôt qualifiée et inemployable pour cette raison, elle devra être versée dans la masse de la réserve des travailleurs au chômage structurel et insoluble.

La désindustrialisation

Tous les pays capitalistes dominants se sont désindustrialisés mais la France plus vite et plus profondément que les Usa et l’Allemagne par exemple. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB a baissé de moitié de 22,3% au milieu des années soixante-dix à 11,2%. L’industrie emploie 2,7 millions de salariés contre 5,7 en 1970.

Un énorme gain de productivité, supérieur à ceux de l’Allemagne et de l’Italie dans les années 2000 a compensé le coût salarial des 35 heures. L’écart de productivité dans la zone euro a atteint 13 points en 2018. Contrairement à une opinion répandue par le patronat, le coût horaire de la main-d’œuvre dans l’industrie manufacturière, 39,1 (salaires, charges, taxes nettes des subventions) est inférieur à celui de l’Allemagne, 39,8. **

Ni le coût horaire ni l’impôt de production n’expliquent le désastre de l’industrie en France

Le poids des multinationales du CAC 40 dans l’économie française et leur empressement à détruire des emplois en France tout en augmentant les effectifs à l’étranger peuvent en partie l’expliquer. Entre 2008 et 2018, 150 000 emplois ont été supprimés en France contre une création de 466 000 emplois dans le monde, près de la moitié dans les pays émergents. De plus un emploi sur trois dans l’industrie manufacturière dépend de multinationales étrangères.

L’annonce de la fermeture de l’usine Bridgestone (multinationale nippone) à Béthune, en septembre 2021 a suscité le désespoir des 863 salariés et l’indignation des responsables politiques qui reconnaissent avoir versé des aides publiques à la fabrique des pneus sans contrepartie. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT a joint sa voix à la déploration impuissante.

Le système capitaliste ainsi globalisé est indifférent à toutes les formes de résistances que l’on peut imaginer. Un grand nombre de mouvements semblent déstabiliser un système fortement ébranlé depuis la crise de 2007-2008, les  Indignés, Occupy Wall Street, les révoltes des peuples arabes, Nuit debout, les zapatistes. Autant de points de vue sur le système avec une appréciation confuse de ce qu’il est, massif et totalitaire.

La notion même de résistance renvoie à une attitude défensive sans vision stratégique active. Tout le spectre politique de la social-démocratie, avec des velléités d’autoritarisme qui répondent aux manifestations massives contestataires, se propose au mieux de réparer le système afin de le rendre moins injuste, plus ‘humain’. Il est irréparable. A chaque réforme, il se renforce et devient plus puissant et plus dévastateur avec l’union de son expansion et du chômage.

Les armées qui disposent d’Etats, c’est le cas de la plupart des puissances occidentales, se proposent d’une manière ou d’une autre de détruire la suraccumulation en déclenchant une nouvelle guerre mondiale. Les trente glorieuses, le dernier âge d’or de la fin de la guerre mondiale au premier choc pétrolier en gros, ont correspondu aux énormes dépenses publiques de la reconstruction et à l’élimination de la paysannerie dans les pays occidentaux soit la production d’une nouvelle main-d’œuvre au service de l’industrie. En 1950, 31% de la force de travail en France était employée dans l’agriculture, en 2000 elle est réduite à moins de 5%. Quant aux chômeurs, la planète est saturée, on ne peut plus les envoyer fonder des colonies, exception faite d’Israël qui prétend chasser les occupants de Palestine en faisant mine qu’ils n’existent pas tout en les opprimant et en les expulsant.

Les USA et l’entité sioniste ne se contentent plus de créer chaos et ruine dans des pays périphériques, ils tâtonnent et provoquent plus forts qu’eux militairement.

 

Partie III : Ce que doit faire la classe ouvrière

Faire et ne pas subir

Attendre le moment idéal pour déclencher la révolution ? La provoquer en considérant que les conditions sont déjà mûres et éviter non la barbarie mais la disparition de l’humanité ?

Le stock d’adhérents de l’appareil syndical de la CGT sclérosé a fondu depuis l’échec du Programme Commun. Un courant est en train de naître qui prend en compte l’évolution du capitalisme qui est parvenu à inscrire dans le droit du travail la précarité et à rendre naturelle et acceptable la privatisation du secteur public. La porosité entre l’Etat et les capitalistes est totale. L’obligation des employeurs d’affilier leurs salariés à une mutuelle, le plus souvent une assurance privée, est une mesure préparatoire à la disparition de la Sécurité Sociale au profit des privés. La réforme des retraites est aussi une mesure qui tend à privatiser le régime vieillesse et le confier à des fonds de pension. Cette fusion entre le régime parlementaire et le capital a rendu le pseudo-concept de démocratie caduque. C’est une illusion bien commode avec son rituel sacré des élections de représentants qui jouent à merveille les pantins dociles des forces économiques supranationales. Macron au cours de son mandat de chef de l’exécutif français applique les recommandations de la commission pour libérer la croissance française confiée par Nicolas Sarkozy en 2007 à Jacques Attali, Macron en fut le rapporteur général adjoint. Attaquer le chômage, les retraites, transférer une part des cotisations patronales à la TVA est un programme « ni de droite ni de gauche », il est fait pour les intérêts du patronat.

Les mutations du capitalisme et ses conséquences sociales doivent impulser une vision politique du syndicalisme qui tienne compte de ses traductions locales et internationales. Les militants syndicaux devront proposer des formes de lutte inédites et révolutionnaires et pas seulement se contenter de revendications pour conserver des ‘acquis conquis’ alors que le patronat a édifié des parades pour les contourner.

Il lui faut enfourcher un opportunisme politique et tirer profit de toute occasion pour déployer la part utopique du marxisme et en faire un réel à la portée de tous et de chacun.

L’auto-organisation des travailleurs de Scop Ti à Géménos lorsque Lipton a décidé de transférer son activité en Roumanie a été payante au terme de 1 336 jours d’occupation de l’usine. Ils se la sont appropriée, ont maintenu la production et tous les emplois avec des salaires décents. Les bénéfices sont investis dans la recherche et le développement avec une part réservée au marketing. C’est ce qui aurait dû inspirer les travailleurs de Bridgestone à Béthune, une alliance des ouvriers et des cadres pour maintenir une production locale tout à fait viable quand il n’y a pas de dividendes à distribuer aux actionnaires.

Plus près de nous, des ouvriers refusent la fermeture de leur usine à Gardanne décidée en 2017 par Macron dans le cadre de la disparition programmée des centrales à charbon. La validation du plan de sauvegarde de l’emploi validé par le tribunal administratif  prévoit la suppression de 98 emplois sur 194 avec l’arrêt de l’activité charbon. L’unité ‘biomasse’ censée remplacer la production d’énergie d’origine carbonée ne représente que 80 emplois directs et ne compensera pas la perte des 700 emplois indirects de la filière charbon.

Après deux ans et demi d’arrêt, la centrale biomasse a repris son activité à la mi-juillet, les travailleurs l’ont suspendue parce que les notifications de licenciement ont débuté, désorganisant le travail et instaurant des risques pour l’outil de production. Depuis octobre, les travailleurs occupent le site jour et nuit pour sécuriser le site. La CGT oppose son projet biomasse avec production additionnelle de méthane et d’hydrogène ce qui permettrait de réintégrer les licenciés et de rendre pérenne le site biomasse à celui de l’actuel propriétaire, Kretinsky un milliardaire tchèque à la tête d’un important groupe de presse en France et en Tchéquie. Il envisage d’en retirer du méthanol et du kérosène. Daniel Kretinsky, juriste de formation, est connu pour acquérir dans le secteur énergétique des centrales destinées à l’abandon mais rentables en peu de temps car payées à bas prix, le profil type de son acquisition de la centrale de Gardanne auprès de l’allemand Uniper.

Les travailleurs de Gardanne sont décidés à conserver l’activité du site qui fournira de l’énergie localement. En s’appropriant le moyen de production, la région et le pays reconquièrent une souveraineté énergétique, affranchie de la boulimie des profits des multinationales. Une énorme solidarité s’organise autour des travailleurs CGT de la centrale de Gardanne. Il faut l’étendre nationalement en insistant sur le fait que le savoir-faire ouvrier et des ingénieurs les dispense d’une direction uniquement préoccupée à placer et déplacer ses capitaux là où c’est vite rentable.

La pandémie de la Covid 19 nous aura confirmé que les patrons sont superflus voire néfastes au bon fonctionnement d’une unité de soin comme à celui d’une usine ou d’un centre de logistique. Les travailleurs se sont auto-organisés avec efficacité quand les managers sont allés avec leur famille se confiner dans leurs résidences secondaires. « On sait faire mieux et ça marche » peuvent-ils dire, et c’est normal car qui mieux qu’eux perçoit ce qui est perfectible et ce qui est nuisible à la coopération libre en vue d’un résultat optimal ?

Les travailleurs devront arracher à l’Etat responsable de l’abandon de la filière charbon les aides pour parfaire l’exploitation énergétique de la biomasse, sauvegarder les emplois directs et indirects et rompre avec l’acquiescement forcé à accroître l’armée de réserve du capital. Il faut rompre avec les attitudes morales et éthiques qui n’aboutissent qu’à des révoltes ponctuelles sans toucher au fonctionnement du capitalisme. En autonomisant le travail et les travailleurs, en expulsant le fondement du profit par l’exploitation ici et là, on redynamise l’avenir en interdisant l’oisiveté forcée des populations livrées aux associations caritatives et aux milices payées pour perpétuer les divisions stériles, religieuses, ethniques ou claniques.

Au niveau mondial, une victoire sans précédent

L’alliance paysannerie et classe ouvrière en Inde a triomphé du gouvernement aux mains d’un parti suprématiste et néolibéral en faisant abroger les réformes néolibérales adoptées en septembre 2020 qui attaquaient les petits agriculteurs et les éleveurs. Ils allaient tout simplement disparaître sous le poids des dettes et grossir la masse des humains inemployés et inemployables. Cette victoire a été obtenue au terme d’une année de luttes incessantes et malheureusement avec 700 morts, assassinés.

Ces réformes les livraient à l’agrobusiness et à terme, elles aggraveraient l’exode rural en les dépossédant de leur lopin de terre. Un prix minimum des céréales continuera d’être garanti mais la lutte poursuivie a obtenu qu’un prix minimum de soutien établi par l’Etat et les organisations syndicales paysannes soit étendu à tous les produits agricoles et à tous les paysans. Jusque là, seulement 30% des paysans en bénéficiaient. Le travail de la terre et l’élevage concernent directement 60% de la population. Le paysan indien est endetté à hauteur de 4 fois son revenu annuel. En une dizaine d’années, 300 000 se sont suicidés, incapables de faire face à leurs charges. La loi qui privatisait l’électricité sera abrogée.

L’organisation des campements autour de la capitale New Delhi regroupant en permanence 300 000 paysans et leurs soutiens a effacé efficacement les différences de religion et de caste, aiguisées et manipulées par le parti au pouvoir pour diviser les classes populaires.

Les syndicats ouvriers ont organisé avec les syndicats paysans deux journées de grève générale, celle du 29 novembre 2020 avec une participation de 250 millions de personnes et celle du 8 janvier 2021 qui a paralysé le pays. La radicalité et les sacrifices consentis ont abouti à une victoire engrangée par le prolétariat, les transporteurs et leurs syndicats ont très tôt emboîté le pas à la masse des protestataires, alliée à la paysannerie pauvre qui est aussi une victoire pour tous les exploités dans le monde.

C’est une victoire du prolétariat mondial, une déchirure dans le voile épais des renoncements, du désespoir, de l’abdication du prolétariat à émanciper l’humanité.

Elle doit fertiliser l’imaginaire et la combativité

Elle doit mener à la fin de l’exploitation de l’homme, qu’il travaille ou qu’il fasse partie de l’armée de réserve, comme de la Terre et des ressources naturelles.

La situation historique le permet, le capitalisme à l’ère de la globalisation n’est plus capable d’accomplir sa tâche positive du développement des forces productives.

Il ne peut plus se régénérer par une guerre mondiale car s’il versait dans cette solution, l’humanité disparaîtrait. Les travailleurs, les réels producteurs encore séparés de leur produit, éviteront le piège d’un nationalisme belliciste en étendant leur champ de lutte au niveau internationaliste, les exploiteurs, bien avant eux, ont abattu les frontières pour leur profit.

Badia Benjelloun

20 décembre 2021

*(Négation de la négation ?)

** chiffres de l’Eurostat enquête de 2012.


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