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Les élections sont un piège à rats

« Le gouvernement de l’État moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires de la classe bourgeoise » (Marx-Engels, Manifeste du parti communiste, 1848).

Publié il y a  2,248 Vues Actualisé il y a 3 mois

Les élections sont un piège à rats et ne sont pas à l'origine des progrès sociaux. Les acquis sont le résultat d'actions et de luttes, voire de combats de masses. Les élections sont une comédie, un déguisement, c’est un spectacle pour cacher une dictature, et ceux qui y participent, quelles que soient leurs intentions, ne sont que des crédules. « Le gouvernement de l’État moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires de la classe bourgeoise » (Marx-Engels, Manifeste du parti communiste, 1848).

Les politiciens élus tiennent le même discours que leurs comparses dans le camp opposé. En d'autres termes, l'élection n’est qu’une farce, elle ne change rien, seul le peuple organisé peut échapper des griffes de l’autoritarisme. Les élections servent surtout à légitimer le pouvoir mis en place par le système économique. Quand le peuple réclame ses droits, il n’est pas entendu, il est sévèrement sanctionné par des lois liberticides, battus à mort par des troupes armées au service de la tyrannie.

L’art antique de la manipulation électorale

« Chaque jour, dis-toi en descendant au forum : je suis un homme nouveau, je brigue le consulat, je suis ici à Rome. C’est surtout par ta gloire d’orateur que tu compenseras ta qualité d’homme nouveau [...]. Travaille aussi à t’attacher des jeunes gens nobles, ou à maintenir l’ardeur de ceux qui te sont déjà acquis [...]. Lorsqu’on est candidat à une magistrature, il faut faire porter son attention sur deux points : le dévouement de ses amis et l’assentiment du peuple. Le dévouement des amis doit être le fruit des bienfaits, de l’obligeance, de l’ancienneté, de l’affabilité et d’un certain charme naturel [...]. Il faut ensuite que tu t’appliques fortement à ce que chacun de tes proches t’aime et te souhaite la plus grande réussite. Il en sera de même avec les citoyens de ta tribu, tes voisins, tes clients, tes affranchis et même tes esclaves ; car les propos qui établissent la renommée d’un homme émanent presque toujours des gens de sa maison. Tu dois encore te faire toute sorte d’amis différents : pour la montre, des personnalités en vue, dont les honneurs et le nom sont connus ; et pour avoir la loi de ton côté, des magistrats, des consuls surtout, puis des tribuns de la plèbe [...]. Trois choses surtout incitent les hommes à la bienveillance et les poussent à soutenir une candidature : les bienfaits, l’espoir et l’inclination naturelle. Les citoyens trouvent dans des bienfaits minimes une raison suffisante pour accorder leur suffrage [...]. Quant à ceux que l’espoir nous attache, fais en sorte de leur apparaître comme toujours prêt à les aider et plein de gratitude à leur égard [...]. Comme j’en ai assez dit sur la manière de gagner les amitiés, il me faut à présent te parler des rapports avec le peuple, qui forment l’autre partie d’une campagne. Elle exige de connaître le nom des électeurs, de savoir les flatter, d’être constamment auprès d’eux, de se montrer généreux, de veiller à sa réputation, d’avoir grand air, de faire miroiter des espérances politiques [...]. Applique-toi enfin à ce que ta campagne tout entière soit pleine de faste, qu’elle soit brillante, éclatante, populaire, qu’elle se déploie dans une grandeur majestueuse et une dignité sans pareille. Et même, veille à ce qu’on jette l’opprobre sur tes compétiteurs, en évoquant quelque scandale conforme à leurs mœurs (crime, débauche ou corruption) » (Cicéron, Petit manuel de campagne électorale, 64 av. J.-C.).

Caractère oligarchique de la représentation moderne

« La représentation est, de plein droit, une forme oligarchique, une représentation des minorités qui ont titre à s’occuper des affaires communes. Dans l’histoire de la représentation, ce sont toujours d’abord des états, des ordres, des possessions qui sont représentés, soit qu’ils soient considérés comme donnant titre à exercer le pouvoir, soit qu’un pouvoir souverain leur donne à l’occasion une voix consultative. Et l’élection n’est pas davantage en soi une forme démocratique par laquelle le peuple fait entendre sa voix. Elle est à l’origine l’expression d’un consentement qu’un pouvoir supérieur demande et qui n’est vraiment tel qu’à être unanime. L’évidence qui assimile la démocratie à la forme du gouvernement représentatif est toute récente dans l’histoire. La représentation est dans son origine l’exact opposé de la démocratie. Nul ne l’ignore au temps des révolutions américaine et française. Les Pères fondateurs et nombre de leurs émules français y voient justement le moyen pour l’élite d’exercer en fait, au nom du peuple, le pouvoir qu’elle est obligée de lui reconnaître, mais qu’il ne saurait exercer sans ruiner le principe même du gouvernement. Les disciples de Rousseau, de leur côté, ne l’admettent qu’au prix de récuser ce que le mot signifie, soit la représentation des intérêts particuliers [...]. La démocratie représentative peut sembler aujourd’hui un pléonasme. Mais cela a d’abord été un oxymore » (Rancière, La haine de la démocratie, 2005).

Des Saturnales modernes

« Tout ce que l’on a imaginé jusqu’à nous de plus puissant pour changer cet ordre [le despotisme] a consisté dans ce qu’on appelle le principe républicain de l’élection. C’est-à-dire qu’on a imaginé de nommer les chefs, au lieu de se les laisser imposer. La multitude s’assemble donc et nomme ceux qui devront la gouverner ; la hiérarchie alors sort de l’élection. Voilà, dis-je, ce que l’esprit humain jusqu’ici a trouvé de plus grand, de plus magnifique, pour remédier au despotisme. Il est bien certain que le despotisme est puissamment combattu par ce moyen ; car l’autorité ne reposant plus sur ce qu’on a nommé le droit divin, mais sur le choix des inférieurs et sur leur consentement, le despotisme est sapé dans sa base [...]. Néanmoins, quand on considère attentivement la modification que l’élection fait subir à la hiérarchie, on voit que la hiérarchie ne change pas de nature et d’essence, quoique la source du pouvoir ait changé. La nature et l’essence de la hiérarchie, telle que les hommes l’ont connue jusqu’à présent avec ou sans l’élection, dans le mode dit de droit divin comme dans le mode républicain, c’est toujours l’obéissance, et par conséquent toujours le despotisme. Ainsi le despotisme, vaincu comme droit, n’est pourtant nullement atteint en fait, puisqu’à peine sorti par une porte, si je puis m’exprimer ainsi, il rentre par une autre, par la nouvelle origine donnée au pouvoir. En effet, pour avoir été nommé par vous, cet homme que vous avez nommé n’en est pas moins un supérieur ; ses commandements n’en sont pas moins des ordres ; pour être le chef de votre choix au moment où vous l’avez nommé, il n’en veut pas moins être obéi à tous les autres moments. L’élection ne vous sauve donc pas de l’obéissance. C’est un compromis entre la liberté et l’esclavage. Vous êtes libres au moment où vous nommez des chefs ; mais vous ne faites usage de votre liberté que pour nommer des chefs, c’est-à-dire pour vous rendre esclaves. Vous n’êtes donc libres, en réalité, qu’à la manière des esclaves antiques, lorsqu’ils déposaient, à un certain jour de l’année, le fardeau de l’esclavage, pour jouer le rôle de leur maître. Les élections sont des espèces de Saturnales. Et en effet c’est le caractère qu’elles ont chez tous les peuples dits libres, à Athènes comme à Rome ; c’est le caractère qu’elles ont aujourd’hui à Paris comme à Londres. Le peuple, roi un jour, vend ce jour-là sa royauté à celui qui veut l’acheter, certain, malgré son privilège électoral, de redevenir le lendemain sujet de ceux qu’il aura nommés, quels qu’ils soient » (Leroux, « De la hiérarchie », Revue sociale, 1847).

Les débuts du suffrage universel

Le suffrage universel, tant qu’il sera exercé dans une société où le peuple, la masse des travailleurs, sera économiquement dominée par une minorité détentrice de la propriété du capital, quelque indépendant ou libre d’ailleurs qu’il soit ou plutôt qu’il paraisse sous le rapport politique, ne pourra jamais produire que des élections illusoires, anti-démocratiques et absolument opposées aux besoins, aux instincts et à la volonté réelle des populations. [...]. « Le suffrage universel est la contre-révolution ». — On peut juger d’après l’événement, si nous nous sommes trompés. Les élections de 1848 ont été faites, à une immense majorité, par les prêtres, les légitimistes, par les dynastiques, par tout ce que la France renferme de plus réactionnaire, de plus rétrograde. Cela ne pouvait être autrement ». Non, cela ne pouvait être, et aujourd’hui encore, cela ne pourra pas être autrement, tant que l’inégalité des conditions économiques et sociales de la vie continuera de prévaloir dans l’organisation de la société ; tant que la société continuera d’être divisée en deux classes, dont l’une, la classe exploitante et privilégiée, jouira de tous les avantages de la fortune, de l’instruction et du loisir, et l’autre, comprenant toute la masse du prolétariat, n’aura pour partage que le travail manuel, assommant et forcé, l’ignorance, la misère et leur accompagnement obligé, l’esclavage, non de droit mais de fait. Oui, l’esclavage, car quelques larges que soient les droits politiques que vous accorderez à ces millions de prolétaires salariés, vrais forçats de la faim, vous ne parviendrez jamais à les soustraire à l’influence pernicieuse, à la domination naturelle des divers représentants de la classe privilégiée, à commencer par le prêtre jusqu’au républicain bourgeois le plus jacobin, le plus rouge ; représentants qui, quelques divisés qu’ils paraissent ou qu’ils soient réellement entre eux dans les questions politiques, n’en sont pas moins unis dans un intérêt commun et suprême : celui de l’exploitation de la misère, de l’ignorance, de l’inexpérience politique et de la bonne foi du prolétariat, au profit de la domination économique de la classe possédante (Bakounine, L’empire knouto-germanique et la révolution sociale, 1871).

Voter, c’est abdiquer

« Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir. Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. [...]. N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes » (Reclus, « Lettre sur l’abstention », Le Révolté, 1885).

Le totalitarisme parlementaire contemporain

« Qu’au dernier moment les farouches démocrates puissent en appeler, contre les élections libres, à la dictature militaire est tout à fait dans l’ordre des choses. Il y a eu un précédent terrible : le soutien de l’opinion occidentale à l’annulation des élections en Algérie par les militaires, annulation qui a donné des années de guerre civile atroce, avec des dizaines de milliers de morts. L’Algérie ne s’est pas encore relevée de ce traumatisme. C’est que les puissances occidentales et nos intellectuels laïques ont massivement approuvé le coup d’État militaire interdisant aux islamistes d’arriver au pouvoir, alors qu’ils étaient majoritaires dans un scrutin qui, de l’avis de tout le monde, avait été régulier. Lesdits islamistes en ont raisonnablement conclu qu’il ne leur restait plus que la lutte armée. De fait, on ne leur avait pas laissé le choix.

On peut finalement résumer en trois points la position d’opinion publique dominante dans les médias et les gouvernements comme dans l’âme des démocrates laïques :

  • Il faut absolument des élections.
  • Il faut que les gens votent comme il faut.
  • Si les gens ne votent pas comme il faut, il vaudrait mieux qu’il n’y ait pas d’élections. Le dernier point dément le premier par la médiation du second.

Quand on a fait le référendum sur le traité européen, la totalité du monde médiatique et de la classe politique, l’un et l’autre soutenus par les grands groupes économiques et financiers, étaient pour le « Oui ». Or les gens ont voté « Non ». On a donc fait comme si cela n’avait pas eu lieu. Nous étions déjà comme en Égypte, nous avions mal voté. Et quand on vote mal, on passe au point 3.

Tout cela relève de ce qu’on pourrait appeler ironiquement le totalitarisme parlementaire, oxymore qui a l’avantage de subvertir l’opposition reçue entre totalitarisme et démocratie. On voit bien que les élections, quand elles sont en crise — mais c’est là qu’on voit la vérité des choses — ne sont aucunement un blanc-seing inconditionnel donné à la masse des gens. Elles ne sont pas, elles ne sont jamais l’exercice illimité d’une prétendue souveraineté populaire [...]. Par exemple, vous ne pouvez pas voter aujourd’hui si le vote inclut le risque d’une expression populaire portant gravement atteinte à la logique des marchés. Le refus unanime et méprisant, par toutes les puissances européennes, du référendum envisagé en Grèce sur les mesures impopulaires de privatisation, baisse considérable des salaires et autres annulations de toutes les procédures sociales de protection des gens, l’a amplement démontré » (Badiou, Sarkozy : pire que prévu. Les autres : prévoir le pire, 2012).

Le pouvoir est ailleurs

« La démocratie doit être comprise comme le droit de choisir parmi des marchandises. Les dirigeants d’affaires expliquent la nécessité d’imposer à la population une philosophie de la futilité et une absence de but dans la vie pour concentrer l’attention humaine sur les choses les plus superficielles qui font l’essentiel de la consommation à la mode. Les gens alors accepteront peut-être, et peut-être même de bon cœur, leurs vies subordonnées et dépourvues de sens, et oublieront les velléités ridicules de diriger leurs propres affaires. Ils abandonneront leur sort aux gens responsables, les autoproclamées minorités intelligentes qui servent et administrent le pouvoir, lequel bien sûr est ailleurs — prémisse cachée, mais cruciale. De ce point de vue, communément partagé dans l’opinion de l’élite, les dernières élections [où « 100 millions de votes se répartissent à parts égales entre 2 candidats »] ne révèlent pas un défaut de la démocratie américaine, mais plutôt son triomphe » (Chomsky, Les schémas du vote et de l’abstention, 2001).

Source des données

JVD

Une chanson de 1889 est toujours d'actualité : 

 


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