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Les nouveaux chiens de garde !

En 1932, l’écrivain Paul Nizan publiait « Les chiens de garde » pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en véritables gardiens de l’ordre établi.

Publié il y a  2,809 Vues Actualisé il y a 18 jours

Aujourd’hui, les chiens de garde sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, le manuscrit « Les Nouveaux Chiens de Garde » dénonce cette presse qui, se revendiquant indépendante, objective et pluraliste, se prétend contre-pouvoir démocratique. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information produite par des grands groupes industriels du Cac40 et pervertie en marchandise. L’ouvrage de Nizan semble être d’une criante actualité pour plusieurs raisons. La dénonciation d’un raisonnement abstrait à outrance s’applique aujourd’hui à une économie quantitative dominante.

 

 

« Les Chiens de Garde » L’ouvrage de Nizan (1932) est un texte à charge contre des philosophes prétendument désengagés, qui serviraient avant tout les intérêts de la bourgeoisie, et contre la prétention de ces intellectuels au repli dans un monde incorruptible d’idées. Les chiens de garde est une critique sans concession du philosophe des idées. Nizan y dénonce avec force et pertinence la croyance en un « nouveau mythe de la cléricature », celui qui consacre la valeur intrinsèquement et nécessairement supérieure des activités intellectuelles. L’auteur récuse en outre l’idée selon laquelle les intellectuels, en vertu simplement de leur fonction, agiraient au service des hommes, de l’humanité en général. Le philosophe rappelle que chaque penseur s’inscrit dans une époque et dans un environnement social, dont sa pensée est le produit. Issu le plus souvent de la bourgeoisie, l’intellectuel peut avoir tendance à ne composer que les ouvrages qu’il a envie de lire, à occulter les idées qui troublent sa quiétude et éventuellement menacent un ordre social dans lequel il occupe une position relativement confortable. De plus, la vie des hommes de classes populaires peut ne pas troubler les pensées d’une bourgeoisie repliée sur l’entre soi et qui écrit surtout pour, et sur, les siens. Si l’on ne peut considérer que le positionnement social produit une pensée nécessairement au service d’une classe donnée, il ne paraît pas légitime d’occulter que l’origine sociale influe sur la production intellectuelle. (https://lectures.revues.org/9700)

 

Serge Halimi (Les nouveaux chiens de garde)

Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence. Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques. Un petit groupe de journalistes omniprésents - et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence - impose sa définition de l'information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l'ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique.

Les « chartes de déontologie » sont l'autre manière de préserver l'illusion du « contrepouvoir ». A priori, l'intention en est plutôt louable : puisque l'information ne serait pas un produit ordinaire, ses fabricants devraient en effet s'imposer une vigilance particulière. Mais un remède de ce type nourrit surtout le grand mythe du journalisme, celui du pouvoir de ses soutiers. Car l'information est bien devenue un produit comme un autre, achetable et destiné à être vendu, profitable ou coûteux, condamné sitôt qu'il cesse de rapporter.

 

Révérence devant le pouvoir

La légende de l'indépendance du journaliste est presque toujours servie avec le même prélude. Il était une fois, en France, dans les années 1960, un ministre de l'Information qui pouvait, de son bureau, sonner les responsables de la radio et de la télévision publique pour les convoquer afin de leur communiquer ses instructions. Il lui arriva même de présenter, en personne, aux téléspectateurs, la nouvelle formule du journal de 20 heures. Cette histoire, qui ne l'a déjà entendue cent fois, avec Alain Peyrefitte dans le rôle quelque peu improbable du Candide découvrant dans son ministère l'existence du ténébreux grelot ? Conclusions suggérées : les temps ont changé; le proverbial « cordon ombilical » entre pouvoir et information a été sectionné aussi sûrement que le fil de la sonnette préhistorique; « la voix de la France » s'est tue.

 

Prudence devant l'argent

En composant la légende dorée de leur indépendance, les journalistes français insistent de manière suspecte sur la seule évolution de leurs rapports avec le pouvoir politique. Et, sur ce terrain escarpé, ils arpentent presque toujours le même lopin, celui de la télévision. Il leur suffit alors que le ton de la personne qui interroge le chef de l'exécutif soit devenu un peu moins empressé (ou amidonné) que celui qui caractérisait les « entretiens » de Michel Droit et de Charles de Gaulle ou de Patrice Duhamel et de Valéry Giscard d'Estaing, pour que la nouvelle liberté de la profession leur semble établie. Mais puisqu'il paraît que le pouvoir a changé de lieu, que l'Élysée n'a plus d'autre mission que de conseiller aux Français de s'adapter au mouvement de la vie, c'est-à-dire à celui des entreprises, pourquoi s'intéresser si rarement aux servitudes que ces entreprises imposent à l'information ?

Noam Chomsky ne cesse de le répéter : l'analyse du dévoiement médiatique n'exige, dans les pays occidentaux, aucun recours à la théorie du complot. Un jour, un étudiant américain l'interroge : « J'aimerais savoir comment au juste l'élite contrôle-t-elle les médias ? » Il réplique : « Comment contrôle-t-elle General Motors ? La question ne se pose pas. L'élite n'a pas à contrôler General Motors. Ça lui appartient. » En France, l'imbrication croissante entre les groupes industriels et les médias ramène le pays à la situation qu'il a connue sous la IIIème République. Cet état des choses, Albert Camus le décrivait en ces termes à la Libération : « L'appétit de l'argent et l'indifférence aux choses de la grandeur avaient opéré en même temps pour donner à la France une presse qui, à de rares exceptions près, n'avait d'autre but que de grandir la puissance de quelques-uns et d'autre effet que d'avilir la moralité de tous. Il n'a donc pas été difficile à cette presse de devenir ce qu'elle a été de 1940 à 1944, c'est-à-dire la honte du pays. »

Des médias de plus en plus concentrés, des journalistes de plus en plus dociles, une information de plus en plus médiocre. Longtemps, le désir de transformation sociale continuera de buter sur cet obstacle. S'il faut néanmoins tempérer la noirceur d'un tel bilan, c'est uniquement en raison des échecs de la propagande. La vie sociale résiste à l'écran. Elle informe davantage que « d'information » sur les mécanismes du pouvoir et sur l'urgence des refus. Les grèves de novembre/décembre 1995 et, dix ans plus tard, la campagne du référendum européen en ont fourni d'éclatants rappels.

Dassault, Lagardère et Rothschild viennent de s'installer en maîtres dans le capital de trois des principaux quotidiens nationaux français. Autant dire que l'allégeance de la presse aux industriels et aux annonceurs ne se réduira pas sans combat mené depuis l'extérieur. Comme au temps de la Libération. Quand on l'interrogea sur ce qui pouvait « empêcher le milieu politico-médiatique de se réformer », Claude Allègre eut une réplique pénétrante : « Je vais vous donner une réponse strictement marxiste, moi qui n'ai jamais été marxiste : parce qu'il n'y a pas intérêt [...].

Pourquoi voudriez-vous que les bénéficiaires de cette situation ressentent le besoin de la changer ! » C'était en janvier 1997. Quelques mois plus tard, Claude Allègre devint ministre, il n'entreprit rien contre les « bénéficiaires » qu'il avait identifiés. Cela fait longtemps que les responsables politiques et syndicaux s'accordent pour ne plus aborder la question de l'information et de son contrôle démocratique, y compris quand ils se proclament radicaux. Sur ce sujet précis, les « altermondialistes » et les révolutionnaires filent aussi doux que les autres…

…Parlant des journalistes de son pays, un syndicaliste américain a observé : « Il y a vingt ans, ils déjeunaient avec nous dans des cafés. Aujourd'hui, ils dînent avec des industriels. » En ne rencontrant que des « décideurs », en se dévoyant dans une société de cour et d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s'est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l'appauvrissement du débat public.

Cette situation est le propre d'un système : les codes de déontologie n'y changeront pas grand-chose. Mais, face à ce que Paul Nizan appelait « les concepts dociles que rangent les caissiers soigneux de la pensée bourgeoise », la lucidité est une forme de résistance.

 

Quand l'information devient ingénierie sociale !

 


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